
Vous êtes nombreuses et nombreux à connaître ce regard, ce sourire énigmatique,
Il a été de toutes mes expositions depuis 1992 dans le Finistère,
Il a été de tous mes sites internet de et de nombreuses communications,
Mais c’est la 1ère fois que je vais vous dire qui, comment et un peu plus encore, si vous me lisez jusqu’au bout.
Madame s’appelle Roby.
En 1991, je travaille rue du Faubourg St Honoré à Paris, je suis Directeur Financier du 1er Centre Regus en France, que j’ai créé avec Imogen, une magnifique anglaise.
J’aperçois très souvent cette femme magnifique dans une boutique de bijoux de cette même rue. Vous la voyez en photo, mais il faut la voir en vrai. Un port altier, très classe, toujours très droite. Elle m’impressionne quelque peu.
A cette époque, rappelez-vous, j’ai l’habitude d’aborder les gens dans la rue, et partout où mes yeux trainent, pour leur proposer de réaliser leur portrait dans mon studio chez moi.
Juin 1991, tous les centres Regus d’Europe sont vendus à un Belge qui met un point d’honneur à licencier tous les n° 1 et 2 de tous les centres. Donc, je fais partie d’un des wagons. Pour la petite histoire, étant le représentant légal en Feance, je me suis envoyé ma lettre de convocation à l’entretien préalable… That’ life.
A ce moment-là, on me propose aussi d’exposer cinq de mes portraits au Salon d’Automne au Grand Palais.
Vous connaissez l’histoire ?
Sûrement un peu fort de cette sympathique reconnaissance, je décide d’aller revoir cette femme dans sa boutique de bijoux, avec mon book.
« Bonjour, je suis photographe portraitiste, j’ai un peu l’habitude de proposer aux gens qui m’interpellent de réaliser leur portrait, je peux vous montrer mon travail ».
Un peu surprise, elle accepte tout de même de regarder mes portraits dans mon book.
Je vous ai remarqué depuis quelque temps mais j’avoue que je n’osais pas venir vous parler.
« Je sais, je peux intimider parfois, mais je vous ai souvent vu passer, vous étiez très élégant cet hiver avec votre long manteau blanc, votre écharpe et votre chapeau »
Me voilà démasqué…
« Vous savez, j’ai fait beaucoup de photos quand j’étais jeune, j’étais mannequin, mais aujourd’hui, ce visage, ces rides, ce n’est plus la même chose ».
« Et si vous me laissiez vous prouver le contraire ? Je vous donne ma carte, pensez-y. Je repasserai, OK ? »
Et JY repart, un peu heureux comme un gamin, elle n’a pas dit non, et elle m’avait remarqué… !
Vous me connaissez, quelques dix jours plus tard, je repasse, habillé différemment et avec un soin un peu plus soutenu, il faut bien cela.
« Je veux bien, mais j’ai une vie un peu compliquée. Je peux vous appeler le matin pour le midi ou l’après-midi ? »
« OK. Si je ne suis pas là, vous rappellerez ? »
« C’est promis ».
Ces merveilleux téléphones portables ont bien changé les choses depuis, non ?
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Un matin
« Jean-Yves, je peux être disponible ce midi. J’arrive à midi et je dois repartir à 14 h. »
Je suis disponible. Je me prépare pour 11 h 30, LOL… ou surement quelque chose comme çà. A l’époque, je réalise tous mes portraits dans l’embrasure d’une énorme fenêtre au-dessus de la cheminée d’angle du grand salon haussmannien de mon appartement, et je réalise tous les portraits à la lumière naturelle.
J’ai toujours quelques films 400 asa d’avance à la maison.
Elle arrive. Bien sûr un café à la JY pour parler un peu même si j’ai compris qu’elle n’a pas beaucoup de temps.
Je ne vais pas vous mentir. Les 1ères photos, je vois surtout la Roby un peu sur la réserve pour ne pas dire froide, mais Jean-Yves a déjà quelques tours dans son sac et elle commence à lâcher prise, pas éclater de rire ni même à sourire franchement, mais il se passe quelque chose, dans nos échanges de regard.
Elle part.
Quand je récupère les planches contact, je tombe tout de suite sur cette photo qui s’est fixée à un moment où notre échange était plus fort.

Je fais tirer 3 photos, dont celle-ci, pour elle et pour moi.
« J’aime beaucoup. Merci. Vous aviez raison d’avoir insisté »
Petit à petit, nous prenons l’habitude de prendre un café dans sa boutique, voire de déjeuner ensemble.
Un jour, Toros, le patron du labo professionnel où j’ai le droit de déposer mes films et mes négatifs pour tous mes tirages :
« Jean-Yves, je fais une soirée avec tous mes clients, photographes de mode pour beaucoup, journaux…etc. J’ai l’intention d’accrocher certaines photos que j’aime beaucoup. J’aimerais bien y accrocher celle de cette femme aux cheveux blancs. »
Roby est flattée, elle y vient même avec Richard, son mari.
Quel couple ! Quand ils arrivent, tout le monde les regardent. Ils parlent avec aisance avec tous. Richard, cheveux longs blancs, la barbe de même. Tout droit sortis d’une revue de mode tous les deux. La classe en couple.
Une idée gamberge dans la tête de Jean-Yves. Il faut que j’en parle à Roby. Vous m’avez suivi ?
Ce soir-là, un seul collectionneur achètera une photo. Celle de Roby. La mienne.
Ma 1ère vente de portraits. C’est Toros qui a négocié le prix et me l’a dit ensuite. Il savait très bien que j’étais un peu à des années-lumière de fixer le prix du portrait d’une amie.
Je passe la déposer chez ce collectionneur qui habite près des Champs Elysées. En effet, son appartement est celui d’un collectionneur de photos, j’en reconnais certaines. La mienne fait maintenant partie de cette collection.
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Je n’ai pas le temps de proposer à Richard et Roby de poser ensemble pour moi. Peu de temps après cette expo d’un soir, Richard part un soir de façon violente.
« Jean-Yves, tu peux m’aider ? C’est Richard qui s’occupait de nos papiers, je suis un peu perdu. »
Bien évidemment, je l’accompagne dans ces démarches nécessaires.
Un week-end, je suis chez elle pour mettre à plat bon nombre de papiers.
« Roby, Je suis un peu surpris. Tu m’as dit que tu aimais beaucoup notre photo. Je te l’ai offerte et je ne la vois nulle part. »
Roby sourit, complice.
« Viens »
Dans leur chambre, elle déplace légèrement l’armoire et en sort, plaquée contre le mur, cachée, LA photo.
« Jean-Yves, il faut que tu saches quelque chose sur mon regard, le sourire de cette photo. Je suis souvent plus sur la réserve, plus distante, tu le sais maintenant. Mais j’ai eu ce regard pour trois hommes dans ma vie.
Mon 1er amour, mais c’était un amour impossible.
Richard, pendant de nombreuses années.
Et toi.
Et toi, tu l’as fixé à jamais.
Richard l’avait bien remarqué.
Il m’était impossible d’accrocher cette photo dans notre maison. Il t’appréciait finalement, car il savait que tu préférais les hommes, mais il était jaloux, pas de toi, mais de la photo, je crois ».
Oh …
La photo prit une place encore plus très particulière depuis ce jour-là.
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Réveillon du 1er de l’an 1996, nous sommes ensemble à Aigues-Mortes chez un ami.
L’été de la même année, nous partons en vacances ensemble.
« Jean-Yves, j’ai l’impression que les gens te prennent pour mon gigolo ».
Aussi, pendant toutes les vacances, nous avons joué le jeu. Elle payait tout (en façade, même si nous partagions tout ensuite discrètement).
Nous avons beaucoup ri.
Les gens aiment bien mettre les autres dans des cases. Non ?
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Il y a eu Laetitia l’été 1980. Roby, l’année 1996.
Pour Laetitia,
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Je suis sûr maintenant que vous ne regarderez plus le portrait de Roby de la même façon, n’est-ce pas ?


