
Aujourd’hui, une autre photo, anodine, à première vue, mais… si précieuse pour toute ce qu’elle est venue me dire… quelques années plus tard.
Attendez de lire toute son histoire.
Si vous avez lu ma biographie, vous en connaissez déjà l’histoire, mais vous ne l’avez pas encore vu cette fameuse photo, qui est venue me donner un message si précieux.
Parce que son histoire vient un peu d’un autre monde.
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Commençons par le début :
Je vous présente Jo

Nous nous sommes rencontrés en 1988, dans une boite à Paris, ou pour être plus précis, Jo est venu m’aborder car j’étais plutôt du genre à me cacher et à observer. Bref !
Nous avons quitté la boite et nous sommes partis marcher dans Paris.
Marcher, la nuit vers 3 h du matin, dans Paris à cette époque-là, quel bonheur. Et j’étais plutôt bon dans le rôle du guide romantique parisien, de nuit …
Le lendemain, je l’accompagne à l’aéroport, car pour faire simple, toujours le JY dans ses rencontres,
Jo est italien,
Il vit à New York
Et travaille comme Directeur Général pour les USA pour une maison de couture française, « Louis Féraud »,
Il vient très régulièrement à Paris.
A chacun de ses passages parisiens, nous passons le plus de temps possible ensemble. Il rencontre la plupart de mes amis.
Un dimanche, balade, l’appareil photo à la main, bien évidemment.
Jo fait le pitre.

« Jo, descends de là, tu me fais peur ! »
Nathalie, une amie, prend celle-ci.
Jo de dos, et JY sur ses épaules…
Oui, j’ai eu des cheveux, LOL, longs de surcroit.
Me voilà à la même époque (Photo by Orazio…)


Et voilà Nathalie sur les épaules de Jo, décidément il avait l’air d’aimer porter les gens sur ses épaules, j’ai l’impression … LOL

Bien évidemment, je lui donne les tirages de ses photos en allant le voir à New-York, peu de temps après.
Il vient me chercher à JFK en Alfa Roméo Spider et tient à passer par le pont de Brooklyn pour entrer par le sud de Manhattan, la chanson des Prefab Sprout « Hey Manhattan » à fond dans les enceintes. Vous voyez la scène ? Je l’écoute aujourd’hui en vous écrivant bien évidemment …
Je rencontre tous ses amis lors d’une fête mémorable chez lui.
Entre une soirée à Broadway pour voir le Fantôme de l’Opéra, une autre inoubliable à chanter tous les classiques des comédies musicales au Ellen’s Stardust Diner, une autre dans un piano bar où il me joue et chante au piano « I put a spell on you ». 10 jours un peu à la Pretty Woman ! avant sa sortie…
Le retour est difficile.
Jean-Yves commence à gamberger. Vous avez deviné ! Non ?
Et si je partais m’installer à New York ?
Je commence à réfléchir, je cherche les chasseurs de tête pour groupes internationaux, des sociétés françaises qui auraient des filiales à New York. Pas d’internet à l’époque, je téléphone à droite et à gauche.
Je dois d’abord trouver le travail, hors de question d’arriver à New York sans emploi assuré.
Jo est entièrement d’accord avec moi.
« Il y a de la place pour nous deux à l’appart, mais le travail d’abord ».
Je suis en mode recherche de contacts, de gens qui connaissent untel qui connait untel…
Les semaines passent, les mois.
Jo continue à venir de temps en temps.
Et… je commence à tomber de plus en plus souvent sur Page, sa secrétaire. Et je commence à connaître la réponse par cœur. « He’s in a meeting ».
Jo vient à Paris : « We have to talk ».
Je n’ai plus 20 ans, je sens bien qu’il y a quelque chose qui va se passer.
Et là, au restaurant, même s’il avait voulu faire les choses bien en m’invitant à manger du caviar dans un restaurant russe, il n’a pas les étincelles dans les yeux comme avant, le sourire n’est plus le même. Quelque chose s’est passé.
« Il vaut mieux que tu restes à Paris. Tu y seras mieux. Je le dis pour toi. Ne m’en veux pas. Je voulais te le dire de vive voix ».
Reconnaissons-lui cette honnêteté, venir de New York pour me le dire en face.
Nous nous quittons sur le trottoir, dans les bras l’un de l’autre. Je ne comprends rien. Je n’ose lui demander davantage.
Je rentre seul à pied chez moi dans la nuit. Je suis brisé. Tout est cassé. Douleur et pleurs dans mon cœur. Sûrement aussi dans le sien, j’en ai le sentiment. Je le saurai plus tard.
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Quelques mois plus tard, quelques mois de grand silence, Je suis chez mes parents pour quelques jours. J’appelle mon répondeur à mon domicile parisien.
« Monty, I’m Page. Call me back as soon as you can. »
Page… Que se passe-t-il ?
J’essaye de l’appeler plusieurs fois pendant le week-end de la cabine téléphonique en face de chez mes parents (histoire de ne pas pénaliser leur facture).
Le dimanche soir, j’accompagne mon père à l’aéroport de Guipavas-Brest. Il va à une réunion à Paris. J’ai ma réserve de pièces de 5 francs. J’essaye d’une cabine quand mon père fait la queue pour l’enregistrement.
« Monty, difficile de te le dire ainsi, mais il fallait que je te prévienne.
Jo a mis fin à ses jours.
Il avait contracté le SIDA il y a quelques temps et ne supportait plus de se voir diminuer. Il a préféré partir tant qu’il le pouvait ».
Tout se bouscule dans ma tête. Je ne supporte pas l’idée de le savoir avec cette douleur, cette décision, ce choix de tout quitter.
Mon père est désemparé de me laisser avec cette tristesse.
Sur le chemin du retour, je réalise que c’est dans un aéroport que j’apprends son départ. Là où nous nous sommes si souvent dit Bonjour ou Au Revoir… Une façon de me dire, je ne suis pas très loin, Je suis avec toi.
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Les mois passent. Les années aussi. Je pense à lui avec tendresse. Sa photo est toujours dans mon salon, celle où je suis sur ses épaules, une façon discrète de l’avoir là sans trop l’imposer aux autres.
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Janvier 1993, je sors depuis 1 mois avec un garçon, Pierre. Nous nous voyons presque tous les jours.
« Jean-Yves, ce week-end, on ne pourra pas se voir beaucoup. Un de mes frères, qui vit à New-York, vient passer quelques jours pour nous présenter sa future femme. Elle a un drôle de prénom, elle s’appelle Page ».
New-York avec ces quelques 7 millions d’habitants !
Mais je me risque à un : « Et tu sais ce qu’elle fait comme travail ? »
« Oui, elle est secrétaire de direction pour une entreprise française, Louis Féraud. »
Non, ce n’est pas possible, Page, la Page de Jo, la mienne aussi quelque part, va épouser le frère de Pierre que je viens de rencontrer et elle va venir à Paris ce week-end.
Merci là-haut !
J’en tremble, je me mets à pleurer.
Encore un peu aujourd’hui, en l’écrivant !
Bien évidemment je raconte toute l’histoire à Pierre qui me regarde avec d’énormes points d’interrogation sur la tête.
L’histoire de Jo, notre rencontre, New-York, notre rupture comme un point d’interrogation, son départ comme un début d’explication, cette photo toujours là dans mon salon, discrètement posée parmi d’autres.
« Pierre, il faut que je voie Page, au moins le temps d’un café »
Le rendez-vous est pris. Page est tout aussi surprise et très heureuse de me voir.
Nous nous retrouverons chez moi pour un café en début d’après-midi, ce qui a, sans le savoir à ce moment-là, une importance primordiale pour la suite.
Pierre, son frère et Page arrivent.
Avec Page, nous serrons très fort dans les bras l’un de l’autre, avec tant d’émotion, Jo est surement au milieu de nous deux.
Nous parlons bien évidemment de Jo, mais nous nous racontons surtout nos vies aujourd’hui.
Page remarque la photo de Jo avec moi, posée dans le salon.
« Oh, je connais cette photo, c’est Jo ! Rigolo que tu aies cette photo ! »
« Euh, c’est un peu normal, tu sais qui est sur les épaules de Jo ? »
« Non »
« C’est moi, quand j’avais les cheveux longs » (je les avais déjà coupés beaucoup plus court…)
« Mais comment connais-tu cette photo ? »
« C’est la seule photo que Jo a eue, jusqu’à la fin, sur son bureau. Je l’ai toujours connue. Il n’a jamais voulu nous dire qui était sur ses épaules. Et je n’ai jamais osé lui demander ».
Silence…
Je viens de réaliser ce qu’il vient de se dire. Page aussi.
Je suis en pleurs. Page me serre fort dans ses bras.
« Merci Page d’être venue me donner ce merveilleux message d’amour de Jo, de là-haut ».
Je revois son grand sourire.
Quelques semaines plus tard, Pierre et moi, nous mettons fin à notre relation.
Pierre, 2 mois. Page au milieu de ces 2 mois. Le message de Jo.
Tout cela pour que Jo puisse venir me dire de là-haut :
« Tu vois, Monty, je t’aimais. Je t’aime. Je suis toujours là »
Et il est toujours là, pas loin, différemment.
Merci à toi, pour tout.



