1 – Maman et Papa – n° 1 du Label JY pour le Bicentenaire de la Photographie

1 – Maman et Papa – n° 1 du Label JY pour le Bicentenaire de la Photographie

Mise à jour du 26 septembre 2026

—

Vraiment très difficile pour moi,

De commencer le Label JY du Bicentenaire de la Photographie,

Sans commencer par LA Photo,

Celle du portrait de Maman et Papa.

—

A force de m’allonger sur le sujet,

La 1ère fois en 1993,

Et la dernière fois en 2022, pendant l’écriture de mon autobiographie,

Il fallait bien que je vienne vous la raconter aujourd’hui,

Car elle a une énorme importance dans ma vie,

Ma vie de photographe

Mais aussi ma vie d’homme

Et de fils.

Cette photo raconte,

Sur bien des aspects,

L’essence-même de mon regard de photographe,

Et peut-être d’homme, tout simplement.

Mais ne brulons pas les étapes,

Revenons à cette séance photo avec Maman et Papa :

—

Nous sommes fin 1991, je vis à Paris depuis 9 ans,

Je viens d’exposer mes 1ères photos au Salon d’Automne au Grand Palais à Paris.

Maman, fière de son fils finalement, est venue pour la soirée de vernissage. Surpris, mais heureux de la voir là au milieu de mes mondes, pour certains je suis le Directeur Financier qu’ils ont connu ici ou là, pour d’autres un ami, d’autres un amant d’hier, aujourd’hui ou à venir ! , pour d’autres un photographe qui les a regardés avec affection.

Mais je suis le même avec chacun. Un JY tout sourire.

Je prépare une exposition itinérante pour le 1er trimestre 1992 sur Quimper, Châteaulin et Brest. Normal, je suis originaire de Brest et mes parents y sont fleuristes.

J’ai 35 ans, je suis plutôt en paix avec eux.

Non sans y avoir travaillé quelque peu…

Mes parents, eux, sont heureux de ces expos à venir par chez eux.

Je leur propose donc, pour cette exposition itinérante de réaliser leur portrait pour l’expo. Ils acceptent, assez fiers quelque part de faire partie de ce qu’ils ressentent comme étant une famille de cœur, celle que je me suis construit. La famille de mes rencontres photographiques.

Je viens un week-end spécialement pour LA photo.

Je demande à mes « frères et sœurs » de me laisser seul avec eux ce jour-là,

J’ai besoin de sérénité entre eux et moi.

Comme bien souvent avec mes modèles, nous déjeunons ensemble.

Ensuite, Maman va se redonner un coup de peigne et mettre la tenue qu’elle m’a montrée le matin.

J’installe le « studio », même rituel, dans la véranda.

Je prépare mon appareil photo, un argentique, nous sommes en 1991.

L’ambiance est sereine, pas de coups de téléphone, pas de visites.

Ils prennent assez naturellement la pose, me regardent… je plonge dans leur regard… On ne se parle quasiment pas… je leur dis juste de temps en temps qu’ils sont très bien… ils prennent confiance… Moi aussi.

Pas évident de regarder ainsi ses parents. Notre passé n’a pas toujours été simple.

Je mitraille… il est hors de question que je ne l’ai pas, cette photo… Ils lâchent un peu plus prise… sourient un peu plus… j’ose à peine respirer… ils sont là, tous les deux, pour moi…

Et je vais le fixer, ce moment…

Silence, on n’entend que les clics qui se répètent…

Elle est là, je l’ai sentie, elle est dans la boite…

Il nous faut attendre pour la voir, le numérique n’est pas encore de notre monde.

Je les embrasse… je les remercie… on en n’a jamais reparlé… de la séance.

La photo parle largement pour eux, pour moi, de notre regard l’un sur l’autre.

Maintenant, ils font aussi partie de cette famille de cœur.

Je range mon matériel.

Je pars me promener quelques heures au bord de la mer,

Énorme besoin d’évacuer calmement toute cette émotion,

—

LA photo est superbe.

Elle ressort immédiatement sur la planche contact quelques jours plus tard.

Je suis ému,

Je la découvre avec une infinie douceur, comme un cadeau,

Encore aujourd’hui, en vous écrivant et en regardant Maman et Papa me regarder ainsi, les émotions m’envahissent.

Vous allez comprendre pourquoi…

Mes parents l’encadrent et l’accrochent sur la cheminée.

Lors de l’exposition finistérienne, ma mère consacre une des vitrines de leur magasin, à quelques-unes de mes photos, dont la leur, bien évidemment, avec une décoration dont elle a le secret. Elle fut championne de France d’Art Floral et prof au CAP fleuriste de Rennes.

—

Deux ans plus tard,

Un peu « au fond de la mine à pousser les wagonnets »,

Je décide d’aller voir un professionnel, entendez un psychiatre,

Pour lui parler de mes démons trop souvent présents.

Un jour, il me demande :

« Quel est ton 1er souvenir de regard de d’affection sur toi ? »

Après un moment, je lui raconte :

A 10 ans et ½, je demande à partir loin en pension,

J’ai un peu de mal à trouver ma place au sein de notre famille,

De notre fratrie surtout, nous sommes 5. Je suis le second.

Je ne reviens vivre chez mes parents qu’à l’âge de 17 ans.

Dès mes 10 ans, je passe la plupart de mes vacances chez des amis ou chez Mélanie et Louis, dans leur ferme. Des cousins éloignés de mon père. Ils n’ont pas d’enfant. J’y suis heureux. Ils me regardent, me parlent, me donnent des responsabilités, je conduis le tracteur, je vais chercher les vaches au champ. Je vis. J’existe.

Et en effet, le 1er regard de tendresse dont je me souvienne, c’est celui de Mélanie, sur moi, le matin, quand, à peine réveillé, je déboule dans l’étable où elle trait les vaches.

Je n’ai jamais senti un tel regard sur moi. Un bien doux souvenir. Je le revois encore aujourd’hui son sourire.

Mon psychiatre me dit « Un regard comme celui-là ? »

En me montrant la photo de mes parents, que je lui avais donnée.

Troublé de ce que je viens de comprendre,

J’arrête la séance et lui dis, troublé :

« On peut reprendre la semaine prochaine ».

—

Je viens de réaliser

Le pourquoi de tous ces regards, tous ces sourires, toutes ces photos, y compris celle de mes parents.

Dans mes séances photos,

Finalement,

Je cherche simplement un regard bien particulier

Celui que je n’ai pas ressenti sur moi, enfant.

Si j’arrive à faire ressortir ces regards de tendresse sur moi,

Pour les capter,

C’est avant tout,

Parce que j’en ai besoin,

Le petit garçon en moi en a besoin…

Aucun souci, depuis, tout va bien.

Mais je continue, avec plaisir et sérénité,

À avoir envie et besoin de regarder l’autre.

Que l’autre me regarde.

Que ces sourires et regards existent sur la photo.

Mon 1er site internet s’appelle : « Dans le Regard de l’Autre ».

Qui est l’Autre ?…

Pas toujours celui auquel on pense.

Faire une force de ses failles…

Voilà,

Vous savez tout, ou presque… LOL

Avec cette photo, une boucle est bouclée.

Je ne pouvais pas commencer à vous parler de mes photos,

Sans vous parler de celle-ci.

Vous serez d’accord avec moi, n’est-ce pas ?

Finalement, cet héritage parfois douloureux,

M’a fait créer ces photos, vos sourires, vos regards.

Comme m’a dit Anne, une amie :

« Un héritage n’est pas ce que l’on reçoit

Mais ce que l’on en fait. »

Partis il y a 18 et 6 ans,

Je sais qu’ils me regardent toujours avec cette affection

Que j’ai réussi à capter chez eux,

Sur moi,

Pour toujours.

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16 commentaires

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  1. Arnaud
    avril 29, 2021
    • Jean-Yves Piton
      avril 29, 2021
  2. maeva
    avril 29, 2021
    • Jean-Yves Piton
      avril 29, 2021
  3. Sylvie
    avril 29, 2021
    • Jean-Yves Piton
      avril 29, 2021
  4. Gilbert
    avril 29, 2021
    • Jean-Yves Piton
      avril 29, 2021
  5. Sylvette
    avril 29, 2021
    • Jean-Yves Piton
      avril 29, 2021
  6. Philippe
    avril 29, 2021
    • Jean-Yves Piton
      avril 30, 2021
  7. Betty
    mai 1, 2021
    • Jean-Yves Piton
      mai 2, 2021
  8. Jean Philippe
    mai 2, 2021
    • Jean-Yves Piton
      mai 3, 2021

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